Alpiq participe activement à l’approvisionnement énergétique de la Suisse aujourd’hui comme dans le futur. Elle est engagée dans cinq projets de la Table ronde de la Confédération qui a, en 2021, choisi d’encourager 16 projets pour atteindre un objectif de production de 2 TWh en 2040. L’Office fédéral de l’énergie a annoncé l’année passée que cet objectif nécessitait un effort supplémentaire pour être atteint à cette date et a lancé un nouveau tour d’échange entre porteurs de projet, autorités et ONG. L’occasion de faire le point sur les projets dans lesquels Alpiq est active avec Michaël Plaschy, responsable de la production hydraulique.
Michaël, où en est le développement des projets de la Table ronde avancé par Alpiq ?
Alpiq s’active pour faire avancer les projets qui produise de l’énergie hivernale à savoir la nouvelle retenue à buts multiples de Gornerli et les deux rehaussements de Moiry et Emosson. Alpiq est aussi impliqué dans celui de Sambuco alors que le projet d’Oberaletsch a été repris par d’autres partenaires. Les efforts consentis sont très importants, même si l’avancement reste lent et parfois quelque peu frustrant. Les études sont toujours en cours, mais chaque projet à ses spécificités. Pour Gornerli, il s’agit d’un nouveau barrage qui nécessite logiquement une plus longue préparation. Il est notamment nécessaire de conclure un avenant à la concession, alors que cela ne devrait pas être le cas pour les deux rehaussements de barrages déjà existants. A souligner également dans le cas d’Emosson que sa double «nationalité» implique des procédures administratives plus complexes en raison de législations différentes en France et en Suisse.
Même si les projets sont dans la phase d’études, on constate qu’il y existe une différence entre la production hivernale annoncée lors de la Table ronde en 2021 et les chiffres actuels des projets. Comment expliquez-vous cela ?
Il est important de comprendre les différentes étapes que doivent passer des projets d’une telle ampleur. Prenons le cas du rehaussement du barrage de Moiry. Dans un premier temps, il convient d’établir une étude de faisabilité du projet. A ce stade, il s’agit toujours d’évaluer plusieurs variantes, dans le cas précis, différentes hauteurs de rehaussement. Cela permet de garder toutes les options ouvertes. Le projet de Moiry était à ce stade en 2021, avec différentes hauteurs possibles situées entre 5 m et 21 m.
Lorsque les chiffres évoluent, s’affinent, cela signifie que les projets avancent.
Quelle option Alpiq a-t-elle soutenue ?
Nous avons dès le début opté pour une variante qui permet de ne pas devoir reprendre la courbure de l’ouvrage, soit un rehaussement d’environ 8 à 9 mètres. Ensuite, il faut approfondir l’analyse en tenant compte de tous les éléments, que ce soit la production hivernale, la géologie, l’impact sur le paysage et la nature, les calculs précis de stabilité de l’ouvrage, les adaptations techniques nécessaires à l’infrastructure existante, les aspects légaux, une première estimation des coûts, etc. Pour le barrage de Moiry, ces études détaillées situent aujourd’hui la hauteur projetée du rehaussement à environ 9 mètres, conduisant à une réserve hivernale d’environ 50 GWh. Tous ces approfondissements sont nécessaires et lorsque les chiffres évoluent, s’affinent, cela signifie que les projets avancent .
Et pour les autres projets, Gornerli notamment ?
Ce projet au-dessus de Zermatt est actuellement dans une phase où il convient de clarifier et de détailler les différents points établis lors de l’étude de faisabilité, tels que les aspects techniques, les solutions logistiques, la concrétisation du volume, la production hivernale maximum, les impacts sur l'environnement, etc. Les études techniques et environnementales pour le Gornerli sont toujours en cours, notamment celles concernant l’hydrologie qui doivent encore être alignées à l’étude de la Confédération « Climat CH2025 » publiée en novembre 2025. L’ensemble de ces études définiront la configuration définitive de cet aménagement, qui ne doit pas être pensé pour les 20 prochaines années, mais doit être optimisé et répondre aux besoins à l’échelle d’un siècle. Son rôle de protection contre les crues pour la région de Zermatt est également très important.
Et qu’en est-il pour le projet de rehaussement du barrage d’Emosson ?
En ce qui concerne Emosson, le rehaussement envisagé est de l’ordre de 10 mètres. Les analyses se poursuivent. Elles doivent notamment prendre en compte le côté binational du complexe hydraulique. Cela rend les processus un peu plus complexes, par exemple l’aide à l’investissement accessible auprès de l’OFEN ne concerne que la moitié du rehaussement. Il nous faut donc trouver des alternatives pour garantir les aspects économiques.
Quelles sont les prochaines étapes à venir ?
Pour le projet Gornerli, qui fournit la plus grande contribution à la production hivernale des 16 projets de la table ronde, les discussions vont se poursuivre au sein du groupe d’accompagnement « Dialog Gornerli » – sur les thèmes des mesures de compensations supplémentaires, des eaux résiduelles, des variantes - avec les différentes parties prenantes et spécialistes externes. Nous allons continuer d’informer régulièrement la population. Les études environnementales permettront d’affiner les volumes définitifs, alors que le concept logistique doit être terminé. La question de l’avenant à la concession est en cours de négociation avec les autorités concédantes et devra passer en votation dans les communes du Mattertal. Sans oublier les négociations sur la valeur résiduelle de l’ouvrage. Le dossier pourra ensuite être déposé auprès des autorités. Pour Moiry, l’échange avec les associations environnementales et les autorités va évidemment se poursuivre et une mise à l’enquête publique est envisagée pour 2027. Enfin pour Emosson, le dialogue se poursuit avec les autorités et l’actionnaire EDF, alors que les études techniques seront encore affinées.
Et les défis qui vous attendent …
On constate que les dossiers avancent bien d’un point de vue technique, mais il a encore de nombreux défis à relever : la question des avenants aux concessions pour Gornerli, celle des retours de concessions et les négociations des valeurs résiduelles pour de nombreux aménagements, les mesures de compensations qui font partie intégrante du dossier qui sera déposé auprès des autorités. Autant d’éléments sur lesquels de nombreuses parties prenantes sont impliquées et qui prennent du temps à mettre en place. Il faut toutefois garder en tête l’ambition de la Confédération d’améliorer la sécurité d’approvisionnement en hiver de notre pays.