Les faibles niveaux d'eau dans les lacs de retenue suisses constituent un signal d'alerte important pour l'approvisionnement en électricité. Ils montrent à quel point l'énergie hydraulique, la météo, le climat, les réservoirs, les réseaux et les échanges d'électricité en Europe sont étroitement liés. La Suisse n'a donc pas besoin d'une solution unique, mais d'un système énergétique plus résilient, plus flexible et mieux coordonné.
Pourquoi les lacs de retenue suisses contiennent-ils si peu d’eau durant l’été 2026 ?
Les faibles niveaux de remplissage de nombreux lacs de retenue suisses ont suscité une grande attention (médiatique) ces dernières semaines. Selon les données publiées régulièrement par l’Office fédéral de l’énergie, le taux de remplissage des lacs de retenue suisses s’élevait à environ 52 % le 23 juillet 2026. Ce chiffre est nettement inférieur au niveau habituel pour cette période de l’année et met en évidence à quel point l’énergie hydraulique dépend de la neige, des précipitations et de l’évolution des températures.
Les lacs qui dépendent principalement de la fonte des neiges et des précipitations sont particulièrement touchés. Dans ces régions, la combinaison d’un hiver avec un enneigement faible et une sécheresse persistante au printemps et en été a un impact direct sur les apports en eau. Les aménagements bénéficiant d’importants apports glaciaires sont moins touchés ; c’est le cas d’une grande majorité des lacs de retenue du Valais. Ils continuent de recevoir de l’eau même pendant les mois chauds d’été – même si cet effet ne constitue pas un avantage conséquent à long terme, car les glaciers continuent de reculer.
Quelles sont les conséquences des faibles niveaux d’eau sur l’approvisionnement en électricité ?
Des niveaux d’eau bas dans les lacs de retenue ne signifient pas automatiquement une pénurie d’électricité. Ils constituent toutefois un indicateur important de la sécurité d’approvisionnement, notamment dans la perspective de l’hiver. Les lacs de retenue fonctionnent comme une batterie saisonnière : l’eau stockée en été peut être utilisée pour produire de l’électricité pendant les mois d’hiver, lorsque la consommation est plus élevée et que l’énergie solaire disponible est retreinte.
La question centrale n’est donc pas de savoir comment la Suisse va faire face à un seul été sec, mais ce qui est déterminant, c’est de savoir comment le système énergétique dans son ensemble peut devenir plus résilient. La sécurité d’approvisionnement ne repose pas sur une seule technologie. Elle résulte de l’interaction entre la production, le stockage, les réseaux, la flexibilité et les échanges internationaux d’électricité.
Quel est le rôle de l’hydroélectricité ?
L’hydroélectricité reste une technologie clé pour l’approvisionnement en électricité de la Suisse. Elle fournit environ 60 % de l’électricité produite dans le pays, elle est renouvelable et offre la possibilité de stocker d’importantes quantités d’énergie de manière saisonnière. Grâce à sa grande flexibilité, l’hydroélectricité contribue également à la stabilité des systèmes électriques. Les générations précédentes utilisaient déjà des lacs de retenue pour transférer l’énergie de l’été vers l’hiver. C’est précisément cette capacité qui prendra encore plus d’importance à l’avenir.
Grâce à l’extension des capacités de stockage dans le cadre des projets de la Table ronde sur l’énergie hydraulique, la Suisse pourra stocker encore plus d’énergie sur de plus longues périodes et l’utiliser lorsque l’électricité, ou l’eau, se feront rares. Dans le même temps, il convient de rappeler que même dans ce château d’eau qu’est la Suisse, l’eau doit être utilisée avec parcimonie. L’énergie hydraulique est puissante, mais sa ressource n’est pas illimitée.
Pourquoi a-t-on besoin de batteries de stockage, d’énergie solaire et d’énergie éolienne ?
Il est de plus en plus important de disposer d’une flexibilité supplémentaire pour la stabilité du réseau électrique. Les batteries de stockage peuvent compenser pendant quelques heures les fluctuations à court terme durant une même journée. Elles contribuent à une utilisation plus efficace de l’électricité solaire et permettent de conserver la précieuse eau des lacs de retenue pour l’hiver, au lieu de devoir l’utiliser dès l’été pour assurer la stabilité du réseau par une production d’électricité flexible.
Le développement de la production d’énergie renouvelable est tout aussi essentiel. Le photovoltaïque fournit d’importantes quantités d’énergie, surtout en été. L’énergie éolienne peut apporter une contribution majeure particulièrement en hiver. Ensemble, les énergies hydraulique, solaire et éolienne ainsi que les systèmes de stockage par batterie augmentent la production nationale d’électricité et apportent une contribution conséquente à la décarbonisation de la mobilité, du chauffage et de l’industrie.
Quel est le lien entre les faibles niveaux d’eau et l’accord sur l’électricité ?
La Suisse est étroitement, même physiquement, intégrée au système électrique européen. Un accord sur l’électricité avec l’UE constitue donc un élément essentiel pour un système énergétique résilient. Il peut renforcer la sécurité d’approvisionnement, la stabilité du réseau et les échanges d’électricité. Sans une intégration fiable au marché européen de l’électricité, la sécurité d’approvisionnement deviendrait plus difficile et plus coûteuse.
Pourquoi le prolongement de la durée de vie des centrales nucléaires existantes est-t-il pertinent ?
La transition énergétique ne se fait pas du jour au lendemain. La planification, l’obtention des autorisations et la construction de nouvelles centrales, de nouveaux aménagements de stockage ou de nouvelles infrastructures du réseau prennent du temps. C’est pourquoi l’exploitation sûre et à long terme des centrales nucléaires existantes reste un élément important de la phase de transition – notamment pour renforcer la sécurité d’approvisionnement pendant les mois d’hiver. Les centrales nucléaires existantes offrent ainsi une marge de manœuvre temporelle nécessaire afin de développer de manière cohérente l’hydroélectricité, le photovoltaïque, l’éolien, le stockage par batterie et les réseaux électriques.